Compte rendu : Les hippies

Introduction :

           Le mouvement hippie est un mouvement de contre-culture* apparu au début des années 1960 aux Etats-Unis et qui se répandit peu à peu à travers tout le monde occidental. Ce phénomène s'inspirait des sociétés orientales et traditionnelles et prônait l’égalité, la libération des mœurs, l’émancipation, le pacifisme* et revendiquait des valeurs écologistes*. Les précurseurs des hippies sont les beatniks*, et les théories des auteurs de la « Beat Generation », comme Jack Kerouac*, ont inspiré le mouvement.

Les hippies étaient principalement des jeunes nés lors du « baby boom* » d’après-guerre. Ces derniers souhaitaient s'opposer à certaines normes et valeurs de la société occidentale, en contestant et refusant l'ordre établi, la société de consommation*, le système capitaliste et le conformisme*. Des communautés* hippies se sont formées, urbaines ou rurales, et vivaient ainsi en marge de la société.

Les événements déclencheurs du mouvement hippie furent les manifestations contre la guerre du Viêt-Nam et les émeutes des noirs dans les grandes villes américaines, qui rassemblèrent une partie de la jeunesse. Ce phénomène devint également un phénomène de mode, avec sa musique, son art, sa façon de penser et aussi son propre style vestimentaire. Le mouvement hippie eut un impact très fort dans notre société, le monde d’aujourd’hui a été très marqué par l’action hippie et sa culture. Les jeunes hippies étaient facilement reconnaissables, leur corps servait à montrer et représenter toute leur culture, en opposition à l'apparence modèle et aux usages de leur époque.

On peut donc se demander que cherchaient vraiment à représenter les hippies par leur corps, leur apparence et l’image qu’ils donnent?

 

 

I)        Une image « révolutionnaire » qui renforce l’identité du mouvement et affiche son anticonformisme

A)  Des normes et des valeurs communes qui fédèrent le mouvement

L'une des raisons pour lesquelles les hippies choisissent d'être reconnaissables est la revendication identitaire. En effet, leur style vestimentaire si particulier, leur musique, leur art leur servent à être reconnu en tant que hippie, et à se reconnaitre entre hippies. Ils revendiquent ainsi leur identité et leur culture hippie et cela participe au développement de cette dernière.

Une apparence commune à tous les membres de cette même culture leur permet de tisser des liens plus facilement entre personnes ayant plus ou moins les mêmes normes et valeurs. La revendication identitaire sert à renforcer le sentiment d'appartenance à la culture hippie. Elle s'effectue via différents éléments.

L'apparence des hippies est caractéristique grâce à une nouvelle mode vestimentaire qu'ils ont mis en place. Ils reflètent une image choquante pour leur époque. Ils portent des couleurs vives et décontractés alors que dans les années 1960 les vêtements de couleurs sombres et uniformisés étaient de rigueur. Ils mettent également des habits très larges comme le « pantalon pattes d'éléphant » lancé par les hippies californiens. Ils sont influencés par l’Orient, ce qui leur fait porter des sandales, des tuniques indiennes, des gilets afghans généralement dotés de motifs fleuris et colorés. Ils aiment le patchouli et l’encens, tout droit venus des pays orientaux lui aussi. Le blue-jean, déjà porté par les beatniks*, devient un vêtement symbolique des hippies. Il peut être délavé, brodé, cousu, peint, couvert de coquillage, de strass, de bijoux, de perles ou encore de fleurs. On remarque aussi de nombreux accessoires, comme les bandeaux dans les cheveux, les colliers et les bracelets de perles, les bagues très voyantes afin de se faire remarquer, tout comme de grosses lunettes rondes. L’habillement est personnalisé de façon à être original à moindre coût. Les hommes et les femmes sont habillés de façon assez semblable, cependant les femmes portent parfois des mini-jupes et les hommes laissent pousser leur barbe et leur moustache.

 

On peut observer ci-dessous un couple hippie respectant les codes vestimentaires de leur culture.  

 

Les hippies partagent de même un goût artistique par lequel ils peuvent exprimer leurs idées et faire passer divers messages.

Par exemple, une nouvelle forme d’art, l'art psychédélique, a été lancé au milieu des années 1960 par les hippies californiens. Cet art vise à recréer les perceptions que procurent les drogues* hallucinogènes comme le LSD. Dans l'art psychédélique, il n'y a plus aucune règle, mise à part que l'imagination doit créer les ambiances les plus étranges possibles, le but étant de reproduire une impression de « trip » ou voyage mental dû aux drogues*. Cette forme d'art a touché différents domaines.

Dans le domaine graphique, les artistes s'expriment par les pochettes de disques des musiciens hippies, affiches de concerts, bandes dessinées, peintures ... Ils utilisent de nombreuses couleurs pour représenter les hallucinations. Parmi les artistes les plus importants on peut compter Rick Griffin, Isaac Abrams, ou encore Stanley Mouse.

 

L’œuvre psychédélique ci-dessous est une affiche de conert faite par Rick Griffin. 

 

Le mouvement psychédélique apparut également en littérature, par exemple avec Les Portes de la perception d'Aldous Huxley.

Au cinéma, que ce soit dans les musiques ou dans les scénarios de films, le psychédélisme se manifeste, notamment par des personnages victimes d'hallucinations. Mais ce courant se manifeste surtout dans le domaine musical.

Il existe trois types de psychédélisme en musique. Le Rock psychédélique se compose principalement de grands morceaux et de longs solos. Il vient des Etats-Unis, et des groupes comme Pinkfloyd, Grateful Dead, Jefferson Airplane ou encore The Doors, qui ont rejoint ce mouvement.

La pop psychédélique était composée de morceaux plus courts et plus légers, elle était surtout présente en Angleterre et comprenait des groupes tel que The Beatles.

La transe psychédélique, autre courant musical, est une sorte d’électro, composée de rythmes rapides et de sons de basses puissantes. On la retrouvait surtout en Israël et en Angleterre.

La musique est un élément capital et fédérateur pour les hippies. Ils organisent de nombreux festivals, comme celui de Monterey en 1967, le fameux festival de Woodstock* en 1969, ou encore celui de L'Ile de wight* en 1970. Ces festivals musicaux rassemblent des milliers de personnes.

On trouve à Woodstock* une musique Folk-Rock notamment celle de Bob Dylan*, ou un rock psychédélique. C'est le festival musical emblématique de la culture hippie. Il devait durer du 15 au 17 aout 1969. Censé accueillir 50 000 spectateurs, il en accueillit 500 000 et dura un jour supplémentaire. Plus de 30 groupes participèrent à ce moment court mais intense qui devint un mythe malgré la pluie et une très mauvaise organisation. Cependant toutes sortes de violences furent épargnées. Woodstock* rassembla des artistes dont les morceaux sont devenus légendaires, comme le Star Spangled Banner de Jimi Hendrix* dans lequel il imite dans un solo de guitare le bombardement de B-52 pendant la guerre du Viêt-Nam.

Les symboles hippies sont également un élément fédérateur du mouvement car ils sont reconnus par tous et ont une réelle signification. Par exemple la fleur, symbole de paix ou encore le fameux logo « peace and love » dont l’origine reste floue. Ce dernier a été repris de l’antiquité et est l’emblème hippie. Ils le portaient autour du coup, l’inscrivaient sur leurs vêtements, le peignaient sur leurs voitures, le van Volkswagen étant le moyen de locomotion le plus emblématique des hippies car il représentait la convivialité et le voyage.

Le langage hippie était également particulier. En effet, les forces de l’ordre étaient appelées les « pigs » et tous ceux qui n’étaient pas hippies étaient des « straight ». Le LSD était appelé « acide » et des expressions comme « peace and love », « flower power » ou make love not war » faisaient partie intégrante de leur culture et étaient reprises lors de manifestations.

Ils formaient aussi un « V » avec leurs doigts comme symbole de la paix et de la victoire.

Les hippies cherchaient divers moyens de se reconnaître et de revendiquer leur culture et c’est ce qu’ils ont fait. Mais ils souhaitaient aussi se différencier de la culture occidentale en l’a contestant.

 

B) Un mouvement provocateur qui s’oppose à la société occidentale 

L’idéologie hippie repose avant tout sur la dénonciation de la civilisation occidentale. En effet, tout dans l’apparence des hippies reflète le besoin des jeunes de se démarquer de leurs ainés.

Il s’agit surtout d’une provocation à leur égard, ils ne veulent pas ressembler aux adultes, critiquent leur comportement et veulent marquer leur différence.

Leur style vestimentaire, coloré et de faible coût, sert à dénoncer le conformisme* et le matérialisme de la société occidentale. Les hippies critiquent la « société de consommation *» également par leur mode de vie dans lequel ils attachent peu d’importance aux choses matérielles et vivent dans des communautés* où ils se suffisent à eux-mêmes.
Ces communautés*, urbaines ou rurales, étaient des groupements de personnes formés dans un même but : se retirer de la société pour créer une petite société utopique, à l’image des sociétés orientales ou traditionnelles tant admirées par les hippies.
Dans les villes, les communautés* se forment, se logent dans des squats, peuvent vivre du trafic de drogue et sont parfois recherchées par la police. Les habitants y vivent les uns sur les autres, dans des conditions assez insalubres, par opposition aux valeurs de l’hygiène et de la famille américaine. La plus célèbre de ses communautés* est celle du quartier d’Haight Ashbury à San Francisco.
C’est en partie pour les raisons évoquées précédemment que certains choisissent de créer des communautés* dans les campagnes. Ces dernières, vivants quasiment en autarcie*, pouvaient ainsi subvenir à leurs besoins les plus essentiels par l’agriculture et l’élevage. Dans celles-ci, les produits consommés sont biologiques, l’attention portée aux animaux et la proximité de la nature sont inspirées des sociétés traditionnelles. La terre est cultivée à l’aide d’outils non polluants et de techniques d’agriculture traditionnelles. On parle de retour à la nature. Le progrès est vu comme mauvais pour l’homme et la nature et ce retour en arrière permet de vivre de façon plus saine et plus respectueuse de l’environnement pour le hippies.

D’autres communautés* étaient des lieux de passage pour les hippies qui aimaient voyager dans le monde.

Leur durée de vie était souvent éphémère et elles étaient dissoutes le plus souvent à cause de leur manque d’organisation et des relations entre les membres qui finissaient par se détériorer petit à petit.

Au sein de ces communautés*, les enfants étaient éduqués selon des théories anti-autoritaires, avaient une grande liberté et n’allaient souvent pas à l’école.

Les hippies refusaient d’avoir une vie stable et calme à l’image du modèle familial américain des années 1960-1970. Ainsi, ils partaient beaucoup en voyage, généralement en bus, en auto-stop ou en van, dans le monde entier. Les destinations les plus courantes étaient l’Inde ou le Népal, avec passage dans diverses communautés* d’Europe (Amsterdam, Londres) et d’Orient. Le livre Sur la Route de Jack Kerouac* accompagnait les hippies dans leurs voyages. Une fois rentrés, pour ceux qui souhaitaient revenir dans leur pays natal, ils s’inspiraient des modes de vie des autres civilisations dont, ils intégrèrent certains éléments dans leur propre culture. Ce phénomène s’appelle l’acculturation*.

Les habitudes orientales pouvaient paraître choquantes aux yeux des occidentaux et les hippies préféraient les adopter, marquant leur aversion pour une société dont ils font pourtant partie. Ils l'a refusaient mais rejetaient aussi toute autorité. Les hippies n’acceptaient aucune forme de domination d’un individu sur un autre, que ce soit l’autorité parentale, celle des forces de l’ordre ou de l’Etat. Les jeunes cherchaient à provoquer les adultes, l’ordre établi, l’Etat, de diverses façons, entrainant parfois des confrontations avec la police. Certains hippies pouvaient écoper de plusieurs mois de prison, le plus souvent à cause de la consommation et du trafic de drogues*, pour « outrage aux bonnes mœurs », « exhibition indécente », « atteinte à la pudeur »... Quelques artistes étaient eux de grands provocateurs, comme Jim Morrison* qui écopa de 8mois de prison ferme ou Grace Slick qui elle par exemple, préférait finir un concert torse nue sous la pluie plutôt que mouiller sa chemise.

Au niveau politique, les hippies montraient leur engagement en faisant des manifestations (contre la guerre du Viêt-Nam, pour les droits de la femme ou contre la discrimination) des « sittings » (manifestations pacifistes où tout le monde est assis, empêchant l’accès à un lieu voulu), en distribuant des tracts... Leurs slogans, clamés lors des manifestations, réclamaient d’avantage de libertés, la paix, le respect de la nature et la tolérance, comme « peace and love » par exemple. Les symboles hippies apparaissaient à ce moment là également.

 

Ci-dessus, on peut observer une jeune fille (représentant tous les manifestants) offre une fleur aux forces de l’ordre, célébration du "power flower", provocation à leur égard et revendication des idéaux pacifistes.


La branche la plus radicale du mouvement est celle des « yippies ». Ce sont les membres du « Youth National Party » et pour eux, la révolution doit se faire en s’amusant. Ce parti fut créé par Jerry Rubbin* et Abbie Hoffman*. Ces derniers furent inculpés pour avoir été à l’origine d’émeutes lors de la convention démocrate de Chicago en août 1969, ainsi que 5 leaders yippies. Ils ont été acquittés en février 1970.

L’année 1968 fut, elle, à l’image des actions yippies partout dans le monde. Les mouvements hippies et yippie et le soulèvement de la jeunesse sont apparus aux Etats-Unis, avant de se répandre largement dans la plupart des pays industrialisés. En effet, partout, la jeunesse s’est soulevée et les manifestations étudiantes se comptent par milliers, que ce soit en France, aux Etats-Unis, au Mexique, en Allemagne…

En Allemagne de l’Ouest, la jeunesse, dominée par les adultes, dans une société post-nazie, finit par se révolter contre l’autorité et demande des réponses à ses questions sur la deuxième Guerre Mondiale. Les jeunes veulent savoir ce qu’ont fait leurs parents pendant la guerre, pourquoi ils ne se sont pas levés contre les horreurs qu’ils voyaient, mais ce sujet est tabou en Allemagne dans les années 1960 et ils se heurtent à la colère et au silence de leurs ainés. Ils souhaitent une réforme de la société et ne voient que les manifestations et émeutes comme signe de contestation. Les étudiants et lycéens se rassemblent alors, et sont très mal perçus par les adultes et les médias, à cause de leur apparence hippie, des scandales qu’ils soulèvent ou encore du fait qu’ils bloquent les universités.

 

 

Manifestations étudiantes en mai 1968


En France, cette même année, les étudiants bloquèrent les universités, à commencer par celle de Nanterre, puis peu à peu les manifestations s’étendirent dans tout le pays. L’apogée du mouvement eut lieu en mai 1968, considéré par certains comme la dernière révolution qui eut lieu en France, réclamant un changement de la société semblable aux idéaux hippies. Ce ne sont pas seulement les hippies qui étaient présents pendant les manifestations, mais leur action a été l’occasion pour la jeunesse de s’exprimer.

 Au Mexique, les étudiants manifestèrent contre les injustices de leur pays, demandant l’alphabétisation pour tous, et de meilleures conditions de vie. Ils furent réprimés violemment, notamment à Tlatelolco où l’armée intervint, avec 5000 soldats et 300 chars d’assaut, et un réel massacre eut lieu, faisant environ 200 victimes et un nombre énorme de blessés. Les chiffres ne sont pas connus car le gouvernement de l’époque étouffa l’affaire, le Mexique devant organiser les Jeux Olympiques de 1968…

On peut ainsi dire que le besoin de contestation des hippies se manifeste par différents aspects.

La mode vestimentaire hippie est en réelle opposition au monde occidental des années 1960-1970. Elle marque leur différence et une certaine « philosophie de vie » mais aussi un engagement politique et une lutte pour l’évolution culturelle et sociale de la société. Les habits larges sont opposés aux costumes étriqués et sophistiqués, la couleur se heurte à la sobriété des vêtements occidentaux, les cheveux longs et la barbe s’opposent aux cheveux bien apprêtés et à l’apparence soignée propre à la culture occidentale. Le look des hippies peut être qualifié de retour à l’état sauvage, tout est naturel et veut se montrer peu recherché, cependant pour parvenir à choquer, c’est un style qui a été savamment étudié.

L’apparence de cette contre-culture* n’est que contestation et provocation à l’égard des « anciens » d’occident et veut faire passer des messages de paix, d’écologie* et de liberté, notamment dans la sexualité et le rapport au corps.

 

II)       Le corps considéré comme un instrument de provocation mais aussi de communication

A)  Le corps ne se cache plus, il se dévoile…

Les hippies s’opposent aussi à la société par la nudité, et la libération sexuelle, grande partie de leur idéologie. En effet, dans la société occidentale des années 1960, le corps était quelque chose que l’on devait cacher et la sexualité devait être inexistante avant le mariage. Cela était extrêmement choquant, tout d’abord aux Etats-Unis où le puritanisme était très présent et où le mouvement hippie est né.

L’amour libre ou « Free love » a connu son apogée durant le Summer of Love qui eut lieu l’été 1967. Les hippies vivaient en communauté* et leur sexualité libérée scandalisait toute la société occidentale. Elle est inspirée du Kama Sutra,  livre connu pour ses dessins à caractère sexuels ramené de leurs voyages en Inde. Leur objectif est de rompre tout stéréotype avec les couples traditionnels. Ils cherchent à obtenir la légalisation de la pilule contraceptive et le droit universel à l’avortement, ce qui provoque les Etats-Unis car cela s’oppose aux valeurs morales et religieuses des années 1960. Au retour du Summer of Love, les valeurs et le mode de vie hippie se diffusent d’avantage. On peut définir le mouvement hippie comme une révolution sexuelle car il a réellement révolutionné la sexualité.

Au niveau de la contraception, le stérilet est inventé dés 1928 tandis que la recherche sur la pilule contraceptive commence dés 1953. Ce produit est autorisé sur le marché le 9 mai 1960 et accessible en France à partir de 1967. Ce qui permet aux hippies de pratiquer le « Free love » sans l’»inconvénient » pour la femme d’être enceinte. De même pour les hommes, est crée le préservatif permettant un bon moyen de contraception à prix minime. Cela contribue à libérer la sexualité de la menace de grossesse dissociant rapport sexuel et procréation. La médicalisation de l’avortement et sa législation avec l’IVG, après la révolution sexuelle des hippies permet de stopper le processus de grossesse de façon légal. Cependant, la notion de contraception se heurte au retour à la nature voulu par les hippies, et elle ne sera pas toujours utilisée car elle était de plus un élément nouveau et inhabituel. Lors du mouvement hippie on découvre les maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis, ce qui entraine la recherche d’antibiotiques. Ces maladies se sont propagées par l’amour libre et ont touchées grand nombre de hippies. On peut dire que les hippies ont accéléré les recherches dans ce domaine et ont été les vrais premiers consommateurs de contraceptifs.

Avec la révolution sexuelle, se diffuse le désir de la femme, son affirmation, mais aussi la connaissance publique des fantasmes sexuels des hommes et le début de la pornographie. Pour l’historien David Allyn, c’est une période où on se montre plus tolérant pour la sexualité prénuptial, la masturbation, les fantasmes érotiques, la pornographie et aussi l’homosexualité. Avec le mouvement hippie, la représentation de la nudité se développe, envahit les publicités et les magazines érotiques se vendent en kiosque. L’éducation sexuelle est alors enseignée au collège et les mini-jupes font leur apparition. C’est la libération des mœurs. Sans être pornographique, des films plus traditionnels montrent des personnes nues et des rapports sexuels. Cependant, les femmes se révoltent face à la description d’ « objet » écrite dans les magazines pornographiques et finissent par s’y opposer. A l’époque, les censures étaient fréquentes au cinéma ou en littérature sur des passages sexuels, les revendications des hippies auront modifié ceci. Les homosexuels se sont affirmés pendant cette période. Ils créent une émeute à Stonewall le 22 juin 1969 et la première Gay pride* s’organisa à New York en 1970. Ils finissent par obtenir plus de droits et l’homosexualité devient moins taboue.

Pour les hippies, le sexe est une pulsion. La révolution sexuelle est caractérisée comme le déclin du pouvoir des églises en termes de morale et de

toute autorité en général. La génération du baby boom* impose une culture de jeunesse et la sexualité passe du domaine privée au domaine public. Le fait d’avoir des relations sexuelles avant le mariage atteint les valeurs morales religieuses et pour cela les hippies sont mal vus par les adultes. Cependant leurs actions ont permis de nouvelles libertés.

Le Summer of Love (été de l’amour) se déroule pendant l’été 67 et dans celui-ci le « Free love » fut de rigueur. Des milliers de personnes arrivèrent à San Francisco, dans le quartier Haight Ashbury pour y célébrer l’amour. Ce quartier attira les médias qui participèrent au développement de ce phénomène. Le Summer of Love devint un phénomène emblématique du mouvement hippie. Il regroupa plus de 100 000 personnes originaires du monde entier. Les drogues* et nourriture y étaient distribuées gratuitement, ce qui attira d’avantage de monde. En revanche cet attroupement causa des problèmes de places car les quartiers de San Francisco étaient largement saturés et le taux de criminalité y augmenta. Cet événement marqua les esprits et fut une forte marque de contestation des mœurs de la société occidentale.

Les hippies favorisaient également le naturisme* : Selon la définition adoptée par le XIVe Congrès international de la Fédération naturiste internationale en 1974, le naturisme* est : « une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, ayant pour but de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement. » On reconnait dans cette définition certains des idéaux hippies comme la liberté, l’écologie* et l’égalité. Des communautés* naturistes se sont formées, dans lesquelles tout le monde vivait nu. Certains villages naturistes existent encore aujourd’hui, comme le village naturiste du Cap d’Agde en France. Le fait de se montrer nu, voire de s’exhiber car les hippies n’attendaient pas forcément d’être dans des communautés* naturistes pour se dénuder, est une nouvelle provocation à l’égard du monde occidental. Cela signifie aussi pour les hippies qu’ils sont libres de faire ce qu’ils souhaitent de leur corps et refusent les règles sociales admises par tous.

Les hippies ont permis à notre société d’évoluer dans les domaines de la sexualité et de la libération des mœurs, dans une certaine mesure puisque la nudité parait encore parfois choquante, bien qu’on la retrouve de manière banale dans la vie courante. Le changement le plus marquant est la révolution sexuelle, qui marque durablement un tournant dans notre société. L’exhibition du corps par les hippies a donc eu un impact fort. Mais leur corps n’est pas seulement exhibé, il est étudié et instrumentalisé afin de passer des messages.

 

B)  … et permet de passer des messages 

Une partie de la rébellion des hippies contre la société les pousse à une certaine liberté du corps autrement appelé "Body freedom". C'est avant tout la liberté de l'esprit qu'ils préconisent. De ce fait, les hippies avaient donc un corps relativement fin voire maigre marqué par une forte consommation de drogues*. Ils mangent peu, s’inspirant des penseurs orientaux qui, dans leur quête spirituelle, accordent peu d’importance au soin de leur corps.

Les hippies consomment des drogues* dites douces comme la marijuana et le haschich, mais également des drogues* dites dures comme le LSD, la mescaline* et d'autres acides hallucinogènes. Dans le but d’imiter les chamans indiens, ils cherchent à méditer à travers ces paradis artificiels qui leurs permettent d'élargir leur conscience, de "sortir de leur corps". L'usage de ces substances était alors intégré à leur culture, à leur quotidien, devenant une sorte d'habitude. Cependant, il ne faut pas associer la drogue aux hippies car certains ne se droguaient jamais ou très rarement. La marijuana ou le cannabis étaient pour eux euphorisants, ou au contraire relaxants. Le cannabis est d'ailleurs utilisé à des fins médicales et

légalisé dans certains pays. Ce sont des psychotropes naturels contenant du THC, molécule parfois utilisée à des fins pharmaceutiques et très présentes dans le cannabis. Le LSD, quant à lui est un psychédélique hallucinogène entrainant des changements au niveau de la perception, de l'humeur et de la pensée. Dans les années 60, le LSD, appelé aussi « acide » était associé à la culture hippie, notamment au sein des communautés* psychédéliques. Entre 1960 et 1970, son influence culturelle est énorme dans les milieux rock, pop, cinématographique et artistique. Il était apprécié par les hippies pour ses effets, à savoir une sensation qui les faisait "planer" afin d'oublier les aspects négatifs de la vie. Cette drogue modifie ainsi les perceptions sensorielles et temporelles et à force, elle rend fou. Il arrivait parfois que l'on soit victime d'un "mauvais trip" conduisant à des crises d'angoisse et de panique.

 

On peut reconnaitre ci-dessus une hippie fumant un « joint ». On remarque que son corps est plutôt maigre.


"Les couleurs me coulent dessus et le carreau fêlé de la fenêtre est d’une beauté terrible. Cette vie est merveilleuse. C’est si beau que je ne peux pas le supporter. Et j’en fais partie ! Tous les autres gens ne font qu’encombrer la terre. Bougres de cons. Je voudrais leur enfoncer la vie dans la gorge et ils comprendraient peut-être ce que ça signifie. Près de la porte une grosse fille aux longs cheveux blonds sales se met à genoux sur un tapis vert et violet. Elle est avec un type et il a un anneau dans le nez et des tatouages de toutes les couleurs sur son crâne rasé. Ils se regardent en se répétant "amour". C’est très beau à voir. Les couleurs se fondent et se mélangent. Les gens se mélangent. Les couleurs et les gens font l’amour."

L'herbe bleu


Dans cet extrait tiré d'un journal intime anonyme d'une jeune fille accro au LSD, on peut constater son état d'esprit, ce qu'elle voit ou ressent à travers cette drogue qui l’a fait "planer".

 Ce témoignage décrit ainsi les effets du LSD et la vie dans les communautés*.

Timothy Leary* devient d’ailleurs dans ce domaine une idole pour certains. Il s'agit d'un ancien professeur au Centre de recherches sur la personnalité à l'Université d'Harvard. Il fut également condamné à plusieurs années de prison pour avoir fait des expériences à partir de drogues* hallucinogènes, dont des champignons mexicains. Il introduisit le LSD en Amérique et surtout dans le mouvement hippie. On le laissa faire ses recherches au début mais il se fit arrêter, suite aux effets néfastes du LSD. Avant l’apparition du mouvement hippie, les drogues* n'étaient pas aussi mal vues qu'aujourd'hui. Leur usage n'était pas aussi fréquent et on en parlait peu. Pour Timothy Leary*, le LSD aide à un chemin spirituel et il l’explique dans un livre :

"Si vous prenez au sérieux la religion, si vous voulez vraiment vous engager dans une quête spirituelle, vous devez apprendre à vous servir des substances psycho chimiques. Les drogues* sont la religion du 21ème siècle. De nos jours, mener une vie religieuse sans utiliser de drogues* psychédéliques, c’est comme si on faisait de l’astronomie à l’œil nu sous prétexte qu’il en était ainsi au 1er siècle avant Jésus-Christ, et que les télescopes ne sont pas naturels."

L'image ci dessous représente une affiche pour la campagne électorale californienne contre le gouverneur Ronald Reagan en 1969. Le slogan s'intitule "Rassemblez-vous!". On y voit des champignons hallucinogènes qui y sont dessinés en bas de l'affiche.

 

 

L'usage de drogues* a des effets sur le corps qu'il ne faut pas négliger. Les hippies étaient par conséquent dans des états euphoriques car ces drogues* fatiguent le corps et les stimulants, les dépresseurs et les narcotiques modifient les fonctions corporelles internes. Cela entrainait donc de nombreux cancers, des problèmes de foie et de reins ainsi que des maladies cardiaques et pulmonaires. Autant dire que les hippies exposaient leurs corps à de nombreux risques, d'où leur extrême maigreur. Les drogues* et les combinaisons de ces dernières amenuisent l'appétit et provoquent une perte de poids majeure. Pour entretenir cette maigreur,

ils montrent un réel intérêt pour les régimes alimentaires naturels, se sentent en harmonie avec la nature et se préoccupent du bien-être de la planète, notamment après les premières manifestations pacifiques contre la pollution en 1968 à San Francisco. Suite à cela, de nombreux hippies rejoignirent des communautés* rurales. En France, dans le Larzac, de nombreux hippies se réunirent, ce fut d'ailleurs un lieu emblématique du mouvement. En août 1973, il rassembla 60 000 personnes dans une manifestation nommée "ouvriers et paysans, même combat". Les hippies se mêlèrent aux antimilitaristes* et maoïstes* contre l'extension d'un camp militaire. Ensuite apparut l'idée des produits bios, l'utilisation d'énergies renouvelables et le recyclage dans le but de mieux respecter la planète. C'est une véritable philosophie de vie dans le mouvement hippie. D'ailleurs, d'après Timothy Leary*, les hippies seraient à l'origine du mouvement écologique dans le monde car c'est à cette période où les premières craintes pour l'environnement commençaient à s'exprimer.

Pour les hippies, la maigreur représentait la liberté, l’esprit prend une place plus importante que le corps et le fait de manger peu mais « bio » les rapproche de la nature qu’ils affectionnent tant. Les drogues* leur permettent de « planer » et leur coupent la faim. Or, on peut observer que les dogues qu’ils prenaient comme le LSD ou l’héroïne ne sont absolument pas naturelles et qu’ils contredisaient donc le retour à la nature qu’ils prônaient.

 

Conclusion :

  Le mouvement hippie est donc un mouvement révolutionnaire dans lequel les hippies se servaient réellement de leur corps comme outil au profit de leur révolte.

En effet, leur apparence convenait parfaitement à leurs convictions, en contradiction avec les normes et valeurs de leur époque, que ce soit par le port de multiples couleurs, par exemple, ou encore le port des cheveux longs. Cela leur servait de revendication identitaire et de signe de contestation pour provoquer et faire passer un message.

La vision du corps pour les hippies était différente de celle de la société occidentale. Il est vrai que la notion de pudeur est pour eux quasi-inexistante et ils n’hésitent pas à se montrer nus, que ce soit dans des communautés* naturistes ou partout où ils se trouvent. Leur sexualité était d’ailleurs très libérée et l’usage de drogues* diverses leur forgeait un corps assez svelte.

Cependant, bien que le mouvement hippie prenne rapidement de l’ampleur dans la société occidentale, il connut sa chute dans la deuxième moitié des années 1970, pour ensuite se dissoudre.
Une accumulation de faits eurent raison de ce mouvement.

En 1969 à Altamont, au concert gratuit des Rolling Stones, un spectateur pointe une arme sur Mick Jagger, il s’ensuivra une violente bagarre entre le service d’ordre et les spectateurs, dont l’un d’entre eux sera poignardé. Cet évènement va à l’encontre des théories pacifiques hippies et sera très mal vu par les médias et toute la communauté*.

De plus, les ravages que font les drogues* dures sont impressionnants. Des personnages mythiques, leaders et modèles hippies, décèdent à la suite d’overdoses*, d’abus d’alcool ou de médicaments, ce qui effraie une partie des jeunes qui préfèrent alors se détourner de ce phénomène qu’ils jugent malsain. Les morts de Janis Joplin*, Jimi Hendrix* ou encore Jim Morrison*, personnages emblématiques, fragilisent la culture hippie.

La guerre du Viêt-Nam prenant fin en 1975, les médias sont désintéressés du mouvement hippie et avec la venue de nouveaux genre comme le disco, le heavy metal et plus tard le punk, les hippies sont apparus « ringards ».

Les « baby boomers » vieillissants, beaucoup choisirent une vie plus calme pour fonder une famille et travailler, les hippies ne sont alors pas renouvelés.

Le coup fatal sera porté par l’apparition du SIDA et autres MST qui se propagent par l’amour libre et anéantiront de nombreux hippies.

Le manque d’organisation et des problèmes de cohérence causeront du tort au mouvement hippie. En effet le retour à la nature est en parfaite opposition avec la contraception ou les drogues* dures qui ne sont pas du tout naturelles. Il y eut également des dérives et certaines communautés se transformèrent en sectes, menées par des gourous attirés par l’idée de profit.

Ce mouvement « peace & love » connait une fin tragique mais il eut un fort impact sur notre société actuelle, dans laquelle de nombreux éléments de la culture hippie ont été assimilés et on peut dire qu’il existe encore aujourd’hui, mais sous une forme différente, le hippie des années 70 ayant disparu avec la guerre du Viêt-Nam.
Au niveau vestimentaire,  la mode du jean et une certaine décontraction dans l’habillement quotidien sont restés.
Dans les arts, l’art psychédélique a marqué les esprits. Les Beatles, Bob Dylan*, ou encore sont aujourd’hui des références pour le monde du rock et inspirent un grand nombre de musiciens.
On assiste également à une évolution des mœurs et des mentalités : la sexualité n’est plus un sujet tabou, les religions habituelles sont plus contestées, le rôle de la femme a évolué, l’écologie* est une notion qui revient en puissance, l’homosexualité est d’avantage acceptée…

On peut se demander comment aurait été notre société sans l’action des hippies car il est vrai qu’après leur passage, plus rien n’aura été comme avant.

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